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AU REVOIR MONSIEUR SAINT LAURENT Je me souviens parfaitement du jour où BillyBoy* m'annonça avec une joie et un étonnement indescriptibles que Monsieur Saint Laurent avait accédé à sa requète en acceptant d'habiller la poupée Barbie. C'était au tout début d'une grande aventure. BillyBoy* venait de finir le premier livre "sociologique" consacré à l'héroine de vinyl, dont il possédait une époustouflante collection. Vers cette époque, une amie voyante, cliente des Surreal Bijoux de BillyBoy* qu'elle choisissait avec un soin mystique dans notre atelier de la rue de la Paix, m'avait prédit au sujet de BillyBoy*, "un énorme sucçès". Elle avait eu, en flash, la vision d'une "couronne". Curieusement, quelques mois plus tard, par l'entremise de Jackie Onassis qui avait reçu le manuscrit pour Doubleday, celui-çi fut signé par...Crown Publishers et devint un best seller traduit en plus de 14 langues.
C'est tout naturellement que lui était venue l'idée de faire habiller en haute couture, la célèbre poupée mannequin, alors bimboisée à outrance, en pleine perdition lycra et tulle de princesse rose fluo. Le sujet et l'intérêt de son livre était justement de replacer l'histoire de Barbie dans le contexte culturel de ses époques et de l'influence que la mode parisienne avait eu sur elle. Cela démarra comme un pari, porté par l'enthousiasme de notre amie Bettina Graziani. La première création fut signée par , femme du monde et mécène d'art à la tête d'une des plus stupéfiantes collections d'art au monde (laquelle venait de remplir le Petit Palais) et qui créait à New York des robes pantalons fluides et luxueuses au début des années 1980, accessoirisés par les bijoux de Claude Lalanne. Les secondes le furent par . Lorsque Yves Saint Laurent accepta d'habiller Barbie, c'est tout le train de la haute couture et des créateurs qui suivit. A cette époque, , alors tout jeune styliste, bousculait de ses créations baroques et icônoclastes la mythique maison Jean Patou plongée dans une somnolence de conte de fées, venait de créer sa jupe pour homme et transformait les défilés en grands spectacles d'un genre nouveau. Il faut savoir que l'idée de s'adresser au monde des couturiers et créateurs pour un projet aussi sérieusement farfelu que celui d'habiller Barbie (et auquel jamais personne n'avait pensé avant lui), cette poupée de 27 centimètres femme-objet et totale bimbo, n'était pas évidente et certainement pas gagnée d'avance. En acceptant non seulement de jouer le jeu mais de créer sur Barbie les modèles-phare de sa carrière, Yves Saint Laurent donna au projet l'impulsion décisive qui devait faire de ce projet une réussite exemplaire. Le train de la haute couture et des créateurs dans sa quasi totalité suivit, accroché à la locomotive YSL Ce projet devint une exposition historique, que BillyBoy* intitula "Le Nouveau Théatre de la Mode", en hommage au Théatre de la Mode d'après guerre. Un train, un vrai, celui-là, sillona la France entière avec cette collection, puis fit de la même manière le tour des USA. Andy Warhol fit à cette occasion et à la suggestion de BillyBoy*, le portrait de Barbie (son titre: "Portrait of BillyBoy*"). Elle fut sa dernière icône américaine. Publiée dans le petit catalogue français, puis anglais distribué gratuitement lors des deux expositions produites par Mattel, la dédicace que Yves Saint Laurent offrit à BillyBoy* fut lue par d'innombrables visiteurs. Le train de cette haute couture en miniature conduit par la locomotive YSL toucha des millions de personnes dont la vie était souvent à des années lumière de la haute couture parisienne. Lorsque le livre parut, dans ses nombreuses éditions, la merveilleuse dédicace d'Yves Saint Laurent ouvrit, à chaque fois, la partie "haute couture" qui dévoilait la poupée Barbie habillée par les plus grandes maisons de couture et par tout ce qui comptait de créateurs à l'époque. C'est. à ce jour, un témoignage unique au monde de la mode à un moment relativement préçis des années 1980, toute une époque en miniature sur des poupées. Je me souviens de la sublime exposition au musée Jacquemard-André des robes de cour et modes de la russie impériale, collection provenant de l'Hermitage à Moscou, entièrement sponsorisée par Yves Saint Laurent, une des plus magnifiques exposition de modes que j'aie pu voir et une des dernières réalisations du talentueux Stephen de Pietri, en charge des archives YSL.. Puis en 1994, à la soirée d'anniversaire de Bettina Graziani chez Régine, une des rares sorties privées/publiques où l'on vit un Yves Saint Laurent rayonnant avec qui tout le monde voulait être photographié, de Kylie Minogue à Etienne Daho et autres admirateurs, tous heureux de voir le maitre se prêter au jeu avec une grâce affable et timide à la fois. |  |